vendredi 23 mars 2007

Jour 3

Mon texte d'hier semble avoir touché une corde sensible chez certains de mes lecteurs. Il est vrai qu'on s'attarde peu sur l'entourage des chefs ou des ministres, tant et si bien qu'on a l'impression qu'il s'agit là de personnes interchangeables. Ex-confrères, ex-consoeurs, tous partis confondus, unissons-nous! D'ailleurs, il n'y a probablement que nous qui avons apprécié à sa juste valeur l'excellente série "Bunker"...

Le "dérapage" du DGE concernant le vote des femmes voilées m'amène à une réflexion plus générale sur la nouvelle réalité des campagnes électorales. L'omniprésence des médias, y compris d'internet, a changé drastiquement la façon de faire de la politique. On devra s'interroger sur l'opportunité de changer les règles du jeu, et de modifier la Loi électorale. Des experts du cyberespace se sont penchés sur la question, reste à voir si on prendra le temps de les écouter et de les consulter quand viendra le temps d'agir. Le DGEQ a manifestement été dépassé par l'utilisation des blogues et autres Youtube, il devra se moderniser avant la prochaine élection, qui risque de venir plus vite qu'on ne le croit.

Même chose pour les dépenses de campagnes. On a beau vouloir laver plus blanc que blanc, y'a des nouvelles réalités incontournables: des bénévoles, y'en a de moins en moins. Ou alors, il faut leur donner un "incitatif" (les p'tites sandwiches pas de croûte), pas nécessairement un salaire.A tout le moins, payer leurs dépenses personnelles (essence, repas, etc...) Quant au personnel politique, il fut un temps ou il était considéré comme normal de travailler à l'élection. Maintenant, du moins au fédéral, il faut être en congé sans solde. Vous en connaissez beaucoup des gens qui peuvent se priver de salaire pendant 33 jours? Pensez-vous que leur gérant de banque leur donne congé d'hypothèque pendant la campagne électorale? Donc, si vous voulez des gens expérimentés, il vous faut prévoir un salaire pour compenser la perte du leur. Certaines fois, le salaire est comptabilisé, d'autres non. Gomery a mis au jour un certains nombres de ces salaires versés "cash". Les libéraux ont payé. Je ne cautionne pas la fraude. Elle est inadmissible, peu importe les circonstances. Mais on a pas fait enquête sur les autres partis. Or, c'est pratique courante, y compris pour le personnel des bureaux de députés de l'Opposition.

Et pourquoi? Parce que les règles du jeu ont changé, mais pas les plafonds et la nature des dépenses admissibles, du moins pas significativement. Le système lui-même encourage le "contournement" des règles. Donner une chance égale à tous, j'en suis. Ne pas permettre que le financement des particuliers ou des entreprises permettent d'acheter des faveurs post-électorales, j'en suis également. Mais les campagnes électorales ne seront jamais complètement aseptisées, alors autant s'ouvrir les yeux sur les réalités et élargir les dépenses admissibles pour ne pas favoriser la "créativité" dans l'interprétation des règles. Lévesque et le PQ ont fait un travail admirable pour assainir nos moeurs électorales. Mais c'était il y a près de 30 ans. Il est plus que temps qu'on revoit le système.

Ce soir, je me mets dans la peau des organisateurs locaux. Avec les derniers sondages, pour plusieurs d'entre eux, c'est maintenant sur leurs épaules que le fardeau de la victoire vient d'être déposé. Ils doivent livrer la marchandise, et faire sortir le vote. Les organisateurs péquistes et libéraux, aguerris, connaissent bien la mécanique. Les organisateurs adéquistes, probablement un peu moins. Ils devront compter sur le ras-de-bol des électeurs. Tout le monde va prier pour que le matériel soit prêt à temps, que les bénévoles se présentent tel que prévu, que la température soit clémente, que le lunch soit apprécié et que la bière soit froide. Si je peux me permettre une prédiction, une seule, c'est la suivante: les ventes de Pepto-bismol vont grimper en flèche au cours des prochains jours!

Citation du jour: M. Dumont a continué à taper le même clou, en parlant du «manque de jugement» du chef péquiste, qui s'exprime avec de «grands mots qu'on ne comprend pas». (tiré de Cyberpresse). Un autre qui a de la misère avec les grands mots! Va-tu falloir faire ce que les journalistes du Devoir ont fait à Patrick Lagacé, et lui envoyer un dictionnaire?????

6 commentaires:

Louis a dit...

Le seul mot que Dumont comprend c'est le mot « opportunité ». Ce gars tuerait sa mère pour une vingtaine de votes.

Parler pour parler a dit...

À mesure que le cynisme envers la politique va augmenter chez la population, moins il y aura de bénévoles et de gens voulant s'impliquer pour un tierce parti. La dégringolade des dernières années du taux de participation signifie quelque chose aussi. Mais bon, les luttes à 3 vont peut-être inciter les gens à sortir voter.

Edouard a dit...

Sur le financement des organisations électorales, dites-nous, Gorge, combien peut coûter quelqu'un comme vous, au niveau national ou au niveau local? (J'imagine que vous n'étiez pas bénévole.) Je ne demande pas de révéler le salaire qu'on vous payait, ni non plus d'ou provenait l'argent, même si ça serait très intéressant comme révélation. Vous devez pouvoir quand même nous donner plus de détails, un ordre de grandeur des compensations offertes aux organisateurs, par exemple.

gorge profonde a dit...

@Louis: on m'en a même chuchoté une plus méchante: il tuerait père et mère pour organiser le party des orphelins... Non, je ne me mordrai pas la langue, je risquerais de mourir empoisonné!
@parler pour parler: ma grande crainte, c'est un gouvernement minoritaire adéquiste. Par à cause de l'idéologie, mais parce qu'ils ne pourront jamais livrer ce qu'ils ont promis à l'intérieur d'une année. Or, les gens qui votent par mécontentement à l'égard des vieux partis vont être encore plus cyniques après que l'ADQ se soit plantée. Et là, nous allons faire face à un sérieux problème de démocratie.
@Edouard, mon vieux, vous avez de la graine d'enquêteur, ma foi! :-) Curieusement, au moment de ma carrière "active", j'ai fait partie de la gang qui continuait à percevoir son salaire, en toute légalité, pour faire campagne. Ensuite, comme tout le monde ayant des comptes à payer, je limitais mes activités de campagne en dehors de mes heures normales de travail. Les contribuables n'ont pas été floués d'une seule minute, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer! Et je peux vous assurez que nous étions surveillés quand à nos heures de travail, par de nombreux coups de fil des adversaires.
Sérieusement, personne ne va en politique pour s'en mettre "plein les poches". La majorité des organisateurs ou du personnel "prêté" ne veut que percevoir l'équivalent de son salaire, plus les dépenses engendrées (par exemple, de logement et de bouffe si vous êtes envoyé en région). Vouloir chiffrer, je dirais entre 3000 et 5000$ pour la durée de la campagne. La provenance? Un généreux donateur anonyme, souvent. Ou alors, du prêt de personnel des agences de comm, de bureaux d'avocats, etc... On m'a dit qu'à la dernière élection fédérale, toutefois, post-Gomery je vous le rappelle, les organisateurs ont été payés par chèque et les dépenses inscrites par l'agent officiel. Est-ce le cas cette fois-ci? Peut-être. Gomery aura également changé bien des choses.
En passant, Edouard, avez-vous déjà été prof de philosophie au cégep, vous?

Edouard a dit...

Oui, Gorge, j'ai déjà été prof de philo au Cégep.

Mais là c'est chez vous que la graine d'enquêteurs semble germer. Pendant quelques secondes j'ai pensé que vous aviez déjà été dans mes cours. Mais je me suis bien vite rendu à l'évidence que c'est très peu probable: c'est tout de même pas mal plus facile de me retracer sur Internet que de tenter de découvrir quelle face peut bien entourer cette Gorge Profonde.

En passant, merci de votre réponse sur le financement des "organisateurs" électoraux. Et moi aussi je crains un gouvernement adéquiste minoritaire. Mais c'est principalement pour des raisons idéologiques, même si ce que vous dites au sujet du risque de croissance du cynisme est bien vrai.

J'ai hâte de voir le résultat de l'élection et votre bilan d'insider qui n'en est plus un tout à fait. (A moins que vous nous cachiez quelques choses et que vous soyez encore politiquement actif. Mais là ça ouvre toutes sortes de nouvelles perspectives d'enquête. Merveilleux pour un retraité-détective-amateur ;) )

gorge profonde a dit...

@Edouard. Nah. J'ai vraiment accroché mes patins. Maintenant j'observe, avec un certain détachement. Ou un détachement certain, c'est selon. Et pour tout dire, la position de gérant d'estrade me convient à merveille.