dimanche 25 mars 2007

Jour 1

Un gros merci à monsieur D., qui m'a gentiment fait remarquer que le reportage sur Louise Harel était l'oeuvre de Katia Gagnon, et non de Patrick Lagacé, auteur, par ailleurs, de celui sur Pierre Paradis. Correction faite!

Ça y est. Plus rien ne peut être fait, ou ne peut être dit. Demain, c'est vous qui serez face au bulletin de vote, décidé ou non. Et c'est nous, collectivement, qui nous donnerons un gouvernement pour quelques mois ou pour quelques années. Et il nous faudra vivre avec.

Ce soir, dans la tête des chefs, c'est l'heure des bilans. À quoi pense Jean Charest, André Boisclair, Mario Dumont, Françoise David/Amir Khadir et Scott McKay?

À tout seigneur, tout honneur. Le premier ministre sortant doit se demander quelle mouche l'a piqué de déclencher des élections à ce moment-ci. Clairement, son entourage a mal évalué la profondeur de la grogne et la "débandade" de Boisclair, facteurs qui ont sans doute pesés lourd dans la balance. Par ailleurs, si le PLQ avait pris la juste mesure du mécontentement populaire, il n'aurait pas choisi de faire campagne sur la continuité... Aurait-il dit, dès le premier jour, qu'il n'avait pas réussi à tenir ses promesses qu'il aurait désamorcé la bombe. Et tous les analystes le constatent: le Charest batailleur, le "campaigner" d'enfer, n'était pas là. Comme si, au bout de 3 jours, le PM avait réalisé qu'il pourrait au mieux sauver les meubles. Fatigue? Lassitude? Mal entouré? On a toujours chuchoté que Charest, homme de "contenant", n'avait que peu de contenu et qu'il ne supportait pas les gens forts autour de lui. Peut-être y a-t-il là un peu de vrai, et que cela explique cette non-campagne de sa part. Demain, si le PLQ retourne à l'Opposition, les couteaux déjà affûtés sortiront rapidement. Qui sera le prétendant? A part Couillard, personne ne semble destiné à un couronnement. Mais sait-on jamais? Monique J. n'a pas dit son dernier mot! Par ailleurs, si la victoire est courte et qu'un gouvernement minoritaire libéral est élu, Charest sera un chef en sursis. Le PLQ ne le limogera pas, question d'organiser le prochain rendez-vous électoral, mais la laisse sera courte, très courte. Un scénario comme l'autre viennent de lui fermer définitivement les portes d'Ottawa. Looser une fois, mais pas deux.

André Boisclair a somme toute fait une bonne campagne, compte tenu que tout le monde le comptait pour mort au début de celle-ci. Rappelez-vous son pathétique "je peux faire mieux"... Comme plusieurs, j'ai été surpris. Il a fait un excellent débat, a su manoeuvrer habilement sans jamais perdre le cap. Peut-être parce que les attentes étaient inexistantes, il aura réussi à sauver sa peau. Mais ne nous leurrons pas: lui aussi est un chef en sursis, peu importe le résultat. Il est trop montréalais, pas assez "comme nous autres". Boisclair a trop voulu, trop vite. Il avait pourtant pris la bonne décision en allant se ressourcer ailleurs qu'en politique. Il a cru, avec le départ précipité de Landry, qu'il pourrait mettre le PQ à sa main, puisque les caribous étaient en déclin. Ils sont ou, les 30 000 jeunes qui l'ont appuyé lors de son leadership? Ou est la nouvelle garde du PQ? Lui aussi, ce soir, doit se demander dans quoi il s'est embarqué, mais il peut légitimement penser qu'il a tenu promesse et qu'il a fait mieux.

"Tout vient à point à qui sait attendre". Mario Dumont est un vieux politicien, malgré son jeune âge. Est-il heureux ou angoissé ce soir? Et si demain, en dépit des sondages, il se retrouvait premier ministre? On a dit et écrit bien des choses sur son manque de candidats ministrables, mais la réalité est là: il aura de la difficulté à livrer son programme, avec le calendrier impossible qu'il s'est imposé, avec très peu de gens expérimentés dans les affaires publiques. Le risque est énorme de se casser la gueule, et dans ce cas précis, la déception sera encore plus grande. Autre facteur: l'organisation défaillante du parti. Être Dumont, je prierais pour qu'il fasse beau, demain. Sa "clientèle", les jeunes familles, travaille. Une fois les enfants ramassés à la garderie, faire la file pour aller voter avec des enfants fatigués et affamés, ce n'est pas la joie. Or, pourra-t-il compter sur des bénévoles pour aller prendre soin des enfants pendant que maman et papa votent? Parce qu'oubliez ça, voter quand on a de jeunes enfants: entre le repas, le bain et le dodo, il sera largement dépassé l'heure d'aller voter. Les intentions de votes, qui ont légèrement faiblies si on en croit les derniers sondages, se traduiront-elles par des votes dans l'urne? Bien malin qui pourrait le dire ce soir. Au fond, Mario doit souhaiter être l'opposition officielle d'un gouvernement minoritaire: en assoyant sa crédibilité, il pourra se monter une organisation qui lui donnera, espère-t-il, la prochaine élection sur un plateau d'argent.

Françoise et Amir. Pour une première expérience, elle semble avoir été moins douloureuse que prévue. Ceci étant dit, QS devra revenir à une conception plus "traditionnelle" d'un parti politique s'il veut sortir de la marginalité. On ne gagne pas une élection avec des prières, encore moins avec une direction bicéphale qui parfois ne tire pas dans la même direction. Il serait dommage que madame David abandonne l'arène politique, mais le discours de la gaugauche n'a plus le même impact. Je sais, vous me direz qu'au début des années 70, le PQ était aussi une organisation broche-à-foin, portée par un rêve... Wake up, boys and girls! Le monde a changé! Harmonium, on adore, mais Arcade Fire existe! QS survivra-t-il à cette élection? Y aura-t-il un rapprochement avec les verts? Avec ce qui semble être une montée de la droite au Québec, y a-t-il place pour un vrai parti de gauche? C'est ce genre de questions qui doit trotter dans la tête de Françoise David ce soir. Et puis, secrètement, elle doit espérer qu'au moins un de ses candidats, sinon elle, soit élu.

Scott McKay. A tout le moins, maintenant, on peut mettre un visage sur un nom et sur un parti. Il aura gagné en notoriété. Le problème c'est qu'au Québec, en matière d'écologie, les bottines ne suivent pas les babines. On est très fort sur les discours, on veut tous Kyoto (mais qui sait exactement ce qu'est Kyoto, hein?), mais si je faisais le tour de vos sacs verts, ce soir, j'y trouverais probablement bien des choses qui devraient plutôt être dans vos bacs de recyclage. Et je ne vous ai pas entendu applaudir à tout rompre à l'idée du gouvernement conservateur de surtaxer les gros véhicules utilitaires ou de luxe... McKay a sûrement envie que vous fassiez votre "x" à côté de son candidat: à défaut d'un député, le parti vert aura des sous pour la prochaine campagne.

Au moment ou j'écris ces lignes, les organisateurs sont à vérifier, une dernière fois, si tout le matériel est prêt pour demain. Certains ne dormiront pas beaucoup. Les chefs dormiront un peu, mal probablement, et devront s'étamper un sourire confiant dans le visage pour aller voter demain devant les caméras de télévision. Après le dernier bulletin de nouvelles, ils auront un dernier entretien avec leurs conseillers proches et iront au lit avec le sentiment que 33 jours, c'est à la fois si long et si court.

Demain, tout peut arriver. Les jeux sont faits. Les paris sont ouverts.

Citation du jour: "Pensez-vous que les journalistes ont ce qu'il faut pour aller en politique" demande Guy A. Lepage. "D'autres y sont allés avec moins que ça", de lui répondre Bernard Derome. J'hésite encore à savoir pour qui c'est le plus dur: les politiciens ou les journalistes?

2 commentaires:

Steven Painchaud a dit...

Merci d'avoir éclairé ma campagne. À défaut de vous avoir connu, j'espère seulement que vous gardrez le clavier pour la fédérale!

À bientôt peut-être?

Ivellios a dit...

Bonjour Gorge. Je suis content de vous avoir lu pendant cette campagne électorale. Vos commentaires avisés m'ont des fois aider, parfois nuit à mon choix, mais au moins, vous donniez toujours l'heure juste.

Merci encore de vos brillants billets

J'espère vous revoir pour la prochaine campagne fédérale, et dans 4 ans pour la prochaine campagne provinciale. Si vous décidez de vous rouvrir un blog, laissez-moi un mesage sur mon blog.