samedi 24 mars 2007

Jour 2

Ce soir, mettons-nous dans la peau des députés et des candidats. Leur avenir, littéralement, se joue lundi soir pour plusieurs d'entre eux. La démocratie n'a pas que des beaux côtés: vous remettez votre sort entre les mains de gens qui, pour la plupart, ne s'interrogent pas sur ce qui vous arrivera après. Et c'est correct. Ils ne sont pas là pour ça. Mais la politique a cela d'ingrat que du jour au lendemain, vous qui étiez "quelqu'un" dans votre communauté, devenez "c'est qui, lui, déjà?"

Certains le méritent, remarquez bien. Il y a des députés qui ne viennent jamais dans leur comté ou presque, et qui doivent leur notoriété et leur visibilité à un excellent personnel. Et le personnel de comté, peu importe la couleur du parti qu'ils représentent, mérite notre admiration. Ils sont en général sous-payés, et ont, quotidiennement, à gérer les problèmes de monsieur et madame Tout-le-monde. Du chèque de bs ou de régie des rentes qui n'est pas rentré en passant par les fonctionnaires qui ne veulent pas voir le problème, aux dossiers qui relèvent d'un autre palier de gouvernement, la misère humaine défile, day's in, day's out. Et ce n'est pas toujours "glamour". Sans parler des soupers spaghettis de l'association de l'âge d'or locale et de la vente de chocolat des scouts, qui voudraient bien avoir un p'tit coup de pouce du député.

La plupart des députés font un travail convenable. Katia Gagnon et Patrick Lagacé ont fait des portraits remarquables, d'ailleurs, de Louise Harel et de Pierre Paradis, aux antipodes l'un de l'autre, mais pourtant tous deux ancrés dans leur réalité et dans leur comté. Des indélogeables. Mais y'en a quantité d'autres pour qui, mardi matin, la réalité sera que leur population les a mis au chômage. Et ce qui s'applique pour le personnel politique s'applique aussi pour les députés: pas évident de se retrouver un job après. Certains, qui avaient une carrière "autonome" avant, pourront reprendre leur métier; c'est le cas des avocats, des notaires, des professeurs en sans solde. C'est probablement moins évident pour les médecins, qui n'ont pas pratiqué pendant quelques années. J'imagine que le Dr Couillard doit être un peu rouillé...

D'autres auront le bec à l'eau, et ne seront pas admissibles à la pension avant longtemps. Ceux dont le parti formera le gouvernement auront une chance de se retrouver un job d'attaché politique ou attendront une éventuelle nomination partisane. Quoiqu'avec un gouvernement minoritaire, il sera difficile de faire de beaux parachutes aux ex-élus.

A l'inverse, y'a sûrement des candidats qui, ce soir, ont la peur chevillée au ventre: et s'ils étaient élus? Beaucoup d'entre eux, majoritairement à l'ADQ, ont accepté pour le "thrill" d'être candidat, pensant que le 27 au matin, ils retourneraient à leur petite vie tranquille. Or, c'est chez-eux maintenant qu'on ira domper les problèmes. Le danger, c'est quand ils vont commencer à se prendre au sérieux. Pour accepter de mettre son visage sur une affiche, il faut avoir un égo considérable. Quand tu es élu alors que tu ne t'y attendais pas, l'égo devient mongolfière. Et ça prend toujours un certain temps avant de dégonfler. Je me souviens d'un député, jusque là un illustre nobody, hurlant à une pauvre réceptionniste d'un bureau de ministre, 4 jours après l'élection: "Savez-vous qui je suis????" Comme si tout le Québec se souvenait, le lendemain de l'élection, du nom des 125 députés élus la veille! Il a vite compris qu'être député ne lui donnait pas un droit d'office d'être grossier quand il a vu que ses dossiers de comté n'allaient nulle part.

Faire de la politique, c'est accepter de ne pas avoir de contrôle sur son plan de carrière. Tous les ministres vous le diront, s'ils sont honnêtes. Bien peu ont le pouvoir de négocier avec le premier ministre quand vient le temps de distribuer les ministères. Et encore moins quand il est question de le leur enlever. Et encore plus qu'ailleurs, le dicton s'applique: beaucoup d'appelés, peu d'élus...

Citation du jour: «Québec solidaire va certainement avoir un pourcentage de votes mais ça ne veut pas dire que le nombre de députés qu'on aura sera équivalent au pourcentage. Donc il faut un mode de scrutin qui laisse une place à la proportionnelle.» — La porte-parole de Québec Solidaire, Françoise David, souhaitant une réforme du mode de scrutin qui permettrait aux tiers partis d'être représentés en fonction de l'appui populaire. Françoise, parles-en à Mario, y pourrait p'tête te donner quelques trucs. Mais faut être patient, ça l'air.

6 commentaires:

L'anti-héro Québécois a dit...

Mario pourrait surement données quelques trucs à Madame, elle est tellement nulle. Est-ce qu'on avait vraiment besoin de deux partis souverainiste de gauche. QS est plus nécesaire aux anglophones, mais il faut oublier ça vu qu'ils se sont déclarés souverainiste. Le système parlementaire anglais a ceci de bien qu'il décourage les extrémismes. En cette période post 911, ça vaut la peine de l'apprécié.

Hyperman a dit...

Qu'est-ce que ça va prendre pour qu'un parti au pouvoir se décide enfin à engager une véritable réforme électorale ? Il me semble que ça fait des années que j'entends parler de beaux plans (à partir de consultations publiques)pour introduire une dimension "proportionnelle" au système électoral Québécois, mais aucun des partis "majeurs" comme le PQ et les Libéraux ne semblent vouloir le mettre en exécution.

Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour insufler une dose de courage au prochain gouvernement afin que ça devienne une réalité ?

Les élections à date fixe de l'ADQ serait également une excellente idée pour ne pas permettre au parti au pouvoir de lancer les élections selon leur position dans les sondages.

Est-ce qu'il existe une coalition non-partisane qui travaille la dessus ?

gorge profonde a dit...

@anti-héros: j'ai publié votre commentaire, mais je ne crois pas que madame David soit nulle. Contrairement à vous et moi, elle a le courage de débattre publiquement et à visage découvert de ses convictions. On peut ne pas être d'accord avec ses idées, mais un peu de respect, je vous prie!
@hyperman: Les élections à date fixe sont probablement plus faciles à implanter que le mode de scrutin proportionnel. Et pas uniquement pour des raisons partisanes. Le fédéral a un projet de loi en ce sens qui devrait être voté bientôt, l'Ontario et la Colombie-Britannique y sont déjà. Pour la proportionnelle, c'est un peu plus compliqué, mais peut-être que cette fois-ci, avec un Québec clairement séparé en 3 (Montréal, Québec, les régions), la solution s'imposera-t-elle. Et s'il y a une coalition non-partisane qui s'active, j'aimerais bien en faire partie!

Parler pour parler a dit...

Merci encore pour cet excellent blogue. Pourquoi pas un blogue hebdomadaire? Juste un texte par semaine, c'est pas trop mal. Les grands médias et autres blogues politiques ne me disent rien, alors je vous demande juste un texte par semaine!

Je suis d'accord avec l'ADQ et Québec solidaire sur la proportionnelle, peut-être un moyen efficace pour sortir le vote et ainsi, voter par conviction. Afin d'oublier une fois pour toute le vote contre un parti et le fameux vote stratégique.

Marc-André Russell a dit...

Pour la proportionnelle, Benoit Pelletier était le ministre responsable de la Réforme Électorale. En fin de semaine, il a dit que le système serait prêt pour les prochaines élections; un système mixte, on vote pour des députés de circonscriptions, et des nationaux.

En espérant que cette fois, c'est vrai!

PatTheBrat a dit...

@ Anti-Héros, pas d'accord avec votre analyse du travail de Mme. David même si je suis très critique de la performance de QS en général.

@Hyperman,GP et Marc-André

Comme Marc-André le souligne, la proportionnelle est plus près que jamais. Ceci dit j'en aurais profité pour faire une redistribution des pouvoirs. Notre système actuel laisse beaucoup de pouvoir au conseil des ministre comparé aux simple députés. Peut-être la prochaine fois.

@PpP je seconde la proposition.