mercredi 21 mars 2007

Jour 5

Tout d'abord, des excuses à mes fidèles lecteurs: une erreur du "pitcher" a fait disparaître l'option commentaires sur le billet d'hier. Merci à Edouard de me l'avoir signalé. L'erreur est réparée.

Et puis, ça commence à vous "démanger" d'aller voter, là? Votre ciment personnel est-il pris? Faites-vous partie de la génération des jeunes? Etes-vous un vieux croûton attaché à son vieux parti et incapable d'explorer de nouvelles avenues? Cette campagne est en train de devenir excitante au possible.

Suite et fin du nerf de la guerre.

Pourquoi tous ces gens, que l'on doit nourrir (et bien!) sont-ils importants le jour du vote? Ce sont eux qui permettent aux organisations de suivre la progression de leur vote. Normalement, si le "pointage" a été bien fait, c'est plus de 70% des électeurs d'un comté qui sont identifiés par couleur sur la liste électorale de l'organisateur, le master. Les listes secondaires, par pôle (sections de votes) sont aussi identifiées par couleur.

Au bureau de scrutin, le représentant du parti assis à la table barre votre nom et votre numéro d'électeur. Ce numéro est ensuite encerclé sur une petite liste qui ressemble à une carte de bingo. Ce sont ces petites listes que les "runners" ramassent à toutes les heures, dans chaque bureau de vote, et rapportent au comité électoral, ou votre nom est barré sur la liste électorale "pointée". Cela permet qu'à partir du milieu de l'après-midi, on téléphone aux gens qui n'ont pas encore voté pour leur rappeler que le vote se termine à 20h00, que leur bureau de vote est situé à ..., que leur section de vote est le numéro XXX et que "si vous avez besoin de transport ou d'une gardienne, nous enverrons quelqu'un vous chercher à l'heure qui vous convient".

À partir de l'heure du souper, donc vers 17h00, les "cartes de bingo" sont ramassées encore plus régulièrement et une petite armée se met au téléphone pour faire sortir le vote. La cadence s'accélère, car jusqu'à 7h45, vous pouvez rappeler à vos supporters que leur vote est important. Si le travail de pointage a été bien fait, si vos gens aux tables de vote sont méticuleux, le résultat est impressionnant. J'ai personnellement vu, dans un comté, un pointage si bien fait que la différence entre celui-ci et le résultat final était de 6 votes.

Bref, Edouard, l'argent est le moyen. Mais la qualité de la nourriture que vous promettez à votre équipe, c'est ça le vrai nerf de la guerre. La prévoyance de l'organisateur en chef, doublé de l'expérience, y'a que ça de vrai. Et pour répondre à votre question, oui, les petites caisses clandestines existent, dans tous les partis, et je vous expliquerai pourquoi d'ici la fin de la campagne. Et non, ces dépenses ne sont pas toujours comptabilisées. Il n'y a sûrement pas assez d'inspecteurs du DGEQ pour faire le tour des comités électoraux la journée du vote pour compter le nombre de boîtes de St-Hubert et exiger de voir les factures...

Citation du jour: «On verra le soir de l'élection ce qu'il en est, mais ça prend des fédéralistes pour réformer le fédéralisme», a dit M. Cannon à sa sortie de la Chambre des communes. C'est-tu ça qu'on appelle une vérité de La Palice??? Vraiment!

mardi 20 mars 2007

Jour 6

Pas ce soir, j'ai mal à la tête. Le cadre financier de l'ADQ? Bof... pas grand chose à dire que les économistes n'auront pas dit. Pour arriver à équilibrer son budget, Dumont devra couper dans le gras inexistant ou presque, malgré ce que tout le monde pense. Et puis, la réalité, c'est que les coûts de système en éducation et en santé sont exponentiels. Difficile de les contenir, à moins de couper sérieusement dans la chair vive. Et ce n'est pas l'abolition des commissions scolaires qui réinjectera suffisamment d'argent pour palier au reste. Mais soyons honnêtes: depuis quand l'électeur vote pour un cadre financier? S'il y en a un, et qu'il lit ce blogue, je le prie de m'envoyer ses coordonnées. Je lui ferai parvenir le recueil de ces textes, autographié. :-)

Petite analyse à 5¢: il doit y avoir des conservateurs au Québec qui commencent à trouver que l'ADQ se colle d'un peu trop près . Là ou les luttes à trois sont réelles, l'ADQ pige généralement dans la clientèle du PLQ, moins dans celle du PQ, ce qui pourrait permettre de laisser passer le PQ et de faire en sorte que le 27 au matin, ce soit un gouvernement minoritaire péquiste qui se retrouve au pouvoir. Ce qui serait très très très inconfortable pour Stephen Harper dans le reste du Canada. Après avoir tant donné d'argent et démontrer tant d'ouverture envers le Québec (l'Unesco, le concept de la nation, etc...), le ROC ne lui pardonnerait pas facilement cette situation. Certes, les conservateurs gagneraient des sièges au Québec (ou du moins on peut le présumer, les programmes et les clientèles étant sensiblement de la même mouture), mais en perdraient dans l'ouest et en Ontario, avec pour résultat de demeurer au mieux un gouvernement minoritaire, et au pire, de retrouver les banquettes de l'opposition. Bref, on commence à sentir une certaine inquiétude. Comme le faisait remarquer Pedro, qui a laissé un commentaire en début de campagne, bien des conservateurs québécois n'ont pas pardonné à Jean Charest d'avoir abandonné le navire pour passer au PLQ. Sur le terrains, plusieurs militants ont préféré donner leur temps à l'ADQ. Mais plus l'engouement envers le parti de Dumont se maintient, plus la réalité commence à chanter une autre chanson. Dans les faits, comment cela se traduira-t-il? Y aura-t-il un mot d'ordre de mettre la machine à off? De voter pour le PLQ, même en se bouchant le nez?

Enfin, pour Edouard, le nerf de la guerre, suite.

Vous avez sans doute vu la publicité du DGEQ invitant les gens à postuler pour travailler, contre rémunération, le jour du vote? Traditionnellement, les deux partis ayant remporté le plus grand nombre de voix dans un comté fournissent au directeur des élections une liste de bénévoles qu'on veut récompenser par une job "payante". Le parti au pouvoir a donc la job la mieux payée, et le parti arrivé deuxième, la job la moins payée. Enfin, les deux autres personnes assises à la table ou on vous remet votre bulletin de vote après avoir rayé votre nom de la liste sont de purs bénévoles, non rémunérés. Dans certains comtés, ou les majorités sont écrasantes en faveur d'un parti, il arrive que les 4 personnes soient des sympathisantes du même parti.

Le nerf de la guerre, c'est le lunch. J'ai vu, de mes yeux vu, des "militants" magasiner leur affiliation pour cette journée après avoir fait le tour des comités électoraux pour s'informer de ce qui serait au menu pour le dîner et le souper. Parce que les partis "riches" fournissent les deux repas. Un bon organisateur se sera gardé des sous pour payer des boîtes à lunch le midi (dans certains comtés, on fait affaire avec des traiteurs), et du poulet "dringdringdring" pour le soir. J'ai même déjà eu au téléphone une dame qui faisait de la surenchère, en m'indiquant qu'elle prendrait notre lunch le midi mais qu'elle changerait de côté de table pour le soir, le candidat de l'autre parti offrant des sushis. C'est vrai pour la journée du vote, mais c'est aussi vrai pour toute la campagne: tous les organisateurs pourront vous raconter que les jours ou on fournissait des sous-marins plutôt que des p'tites sandwiches pas de croûte, le nombre de bénévoles augmentaient en flèche. Même histoire quand madame Tremblay (nom fictif, évidemment) apportait le mercredi ses biscuits maison au gingembre.

Mais pourquoi ces gens sont-ils importants? Suite demain...

Citation du jour: L'élection de l'ADQ serait «une catastrophe», prévient la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, qui conjure ses membres «d'y penser à deux et trois fois» avant de donner leur vote à Mario Dumont. (tiré d'un article de Katia Gagnon, sur Cyberpresse). Ma p'tite madame Carbonneau, vous arrivez en retard: y'a un candidat adéquiste au Saguenay qui l'a dit. La vague de l'ADQ sera un tsunami qui emportera le Québec. C'est pas assez catastrophique pour vous, ça??

lundi 19 mars 2007

Jour 7

C'est long, une semaine à attendre, avant d'avoir les résultats du vote... Oui, j'ai voté. Et j'ai trouvé très intéressantes les différentes théories que vous m'avez exposées, de même que votre intérêt à mettre des noms sur mon malaise. Et non, je ne vous dévoilerai pas ou j'ai finalement mis mon "X". La seule chose que je vous dirai, c'est que c'est la première fois que j'entre dans l'isoloir sans avoir une idée claire de pour qui je voterais. Et que j'ai hésité un bon 60 secondes avant de me décider. Mais voilà, c'est fait. On prend un autre appel.

Le budget fédéral aura-t-il un impact, autre que pour l'équipe de Mario Dumont qui va plancher toute la nuit sur des chiffres? N'y a-t-il pas une ironie profonde à voir que seul le parti souverainiste à Ottawa appuie le gouvernement Harper? Après cela, on s'étonne du cynisme des citoyens à l'égard de la politique...

Les pancartes du PLQ, vantant le travail de leadership du parti dans le règlement du déséquilibre fiscal sont déjà prêtes à être installées, semble-t-il. Dumont répète sa ligne depuis déjà plusieurs jours: le mérite en revient à Harper qui, contrairement à Charest, respecte ses promesses. Quant à Boisclair, coincé par Duceppe qui ne veut surtout pas aller en élections maintenant (le militant souverainiste commence à avoir la langue à terre, et le portefeuille dégarni!), il a eu une jolie ligne (sans mauvais jeu de mots) : "Take the money and run"...

Le contribuable, lui, voit difficilement ce qui pourrait motiver l'électeur. Alors je m'en remets à vous: croyez-vous que ce budget fédéral, qui devait être l'autre moment fort de cette campagne, fera enfin décoller un parti vers les sommets, laissant les deux autres encore plus loin que la marge d'erreur des sondages?

Citation du jour: "Si la tendance se maintient, le parti vert prendra le pouvoir...un jour" Scott McKay, chef du parti vert, en entrevue avec Bernard Derome. J'aimerais bien que monsieur McKay dise vrai. En attendant, Bernard a dû s'étouffer discrètement. On ne vole pas impunément le punch d'un journaliste!

dimanche 18 mars 2007

Jour 8

Ce soir, pas d'anecdotes, pas d'envers du décor, contrairement à ce que j'avais annoncé. Mes plus plates excuses à Edouard, qui attend la suite avec impatience.

Ce soir, j'ai plutôt envie de partager avec vous une angoisse profonde. Je serai à l'extérieur le 26 mars, je dois donc voter par anticipation. Or, voter par anticipation lorsqu'une élection s'annonce, à ce moment-ci, aussi serrée, nécessite une réflexion poussée. Car le vote, cette fois, en sera un stratégique, et non de conviction personnelle.

Dans mon comté de résidence, la lutte se fait vraiment entre deux candidats. Or, je ne souhaite pas que le parti de l'un d'entre eux forme le gouvernement. Simple, me direz-vous, vote pour l'autre, Gorge! Simple? Pas tout à fait. L'autre représente un vote contre-nature dans mon cas. Voter selon mon inclinaison naturelle, c'est comme jeter mon vote dans le feu. Mon vote pourrait être beaucoup plus productif, mais voilà, mettre mon X à côté de monsieur Y, c'est renier ce pour quoi j'ai milité toute ma vie adulte. Je me sens comme si je devais trahir mon côté givré pour faire triompher le côté santé de ma personnalité. Rationnellement, je sais que je n'ai pas le choix. Ce n'est pas mon vote qui changera la donne, mais j'aurai l'impression que j'aurai tout tenté pour empêcher ce que je crains d'arriver.

Probablement que la situation aurait été la même la semaine prochaine, à moins qu'un parti ne se détache clairement en ces tous derniers jours de campagne et que les prochains sondages indiquent tout autre chose. J'ai retardé à demain soir le moment d'aller exercer mon droit de vote, pour voir quelles seront les réactions au budget, ai-je dit. Au fond, je redoute ce moment ou je devrais faire un "x" sur le bulletin de vote.

Combien sommes-nous dans cette situation? Traditionnellement, voter c'est simple. On vote contre un gouvernement, pour un parti, pour un gouvernement, contre un parti. Là, plusieurs voteront contre ce qui pourrait se produire, en souhaitant choisir l'opposition officielle plutôt que le gouvernement. Bizarre, non? Ou faudra-t-il apprendre, pour un temps, à conjuguer cette nouvelle donne dans un système politique tripartite?

Citation du jour: «Lundi, ça va très bien se passer», a lancé le ministre fédéral Michael Fortier à Jean Charest, à sa sortie de la Basilique St-Patrick, où tous deux venaient d'assister à la messe célébrant la Fête nationale des Irlandais, en faisant référence au dépôt du budget fédéral, lundi, à la Chambre des communes. (tiré de Cyberpresse). Ouais ouais. Your check is in the mail, the sequel.

samedi 17 mars 2007

Jour 9

La météo, c'est souvent le facteur "killer" d'une campagne électorale. Prévoir un rassemblement, comme au PQ, et qu'il manque la moitié de vos militants, pognés qu'ils sont dans une tempête, c'est pas de la bonne image télé. Changer de programme à la dernière minute parce que les routes sont fermées et se ramasser dans un foyer de personnes âgées, même s'il s'appelle St-Patrick et qu'on peut faire un lien avec la fête du même nom, ça non plus ça ne fait pas de bonnes images télé. Dans le premier cas, ça donne l'impression que le PQ a de la misère à mobiliser ses troupes. Dans le second, ça en dit long sur le fait que Charest doit se rabattre sur sa clientèle traditionnelle pour ne pas tout perdre.

Y'a que Dumont, finalement, qui dans sa cabane à sucre, a fourni de belles images. Soirée canadienne en plein midi. Plus ça avance, plus cette campagne me déprime. Tout à coup, j'ai l'impression que le Québec est en train de se transformer en un immense Hérouxville. Vous connaissez l'expression "anybody but..."? Ce soir, j'ai l'impression d'être dans un "anybody but 514". Remarquez, je ne réside pas dans le 514. Mais le Québec profond qui refait surface me déprime.

A 9 jours du vote, les organisations locales carburent, ou devraient carburer, à plein. Demain et lundi, jours de vote par anticipation, on en profitera pour tester le pointage et l'organisation du jour "J". Chaque parti, dans son manuel du parfait organisateur, a un plan de match très détaillé pour le jour du scrutin. Car sur le terrain, et c'est particulièrement vrai pour cette élection, c'est vote par vote que le comté se gagne. Il faut faire sortir son vote. Je vous expliquerai demain comment, quels sont les joueurs clés, et quel est l'ingrédient secret de tout bon organisateur.

Pour ce soir, je vous laisse avec un "teaser". L'argent distribué par Marc-Yvan Côté aux organisations locales n'a pas servi à acheter de la pub, ni des votes. Je parle de Côté, mais il ne faut pas être naïf. Tous les partis politiques ont une petite caisse "occulte" qui sert à payer, entre autres, des choses de base: les lunchs de fin de soirée pour les militants, le café du local électoral, l'essence des gens qui font du transport pour amener des gens voter, ou alors celui de l'accompagnateur du candidat, parfois un habit pour le candidat, etc... C'est de l'argent cash qui arrive dans les mains de l'organisateur, no questions asked, et qui part dans des gugusses qui ne seront jamais comptabilisés. Ça peut également payer un conseiller en communication, pour s'assurer que le candidat ne se mettra pas le pied dans la bouche. Bref, ça paye des choses utiles.

Citation du jour: Mario Dumont a exhorté les électeurs à se détourner de M. Boisclair, qui est quelqu'un selon lui «susceptible de nous amener à foncer dans un mur avec l'avenir du Québec». Nous, on est plutôt habitués à voir Jacques Villeneuve foncer dans le mur avec une formule I, m'enfin...

vendredi 16 mars 2007

Jour 10

Pour des raisons professionnelles, je n'ai pas écouté la télé de la journée et j'ai à peine lu les journaux. Ce papier sera par conséquent moins collé sur l'actualité, mais se posera une question existentielle: que peut-il bien se passer, ce soir, dans la tête des vedettes des différents partis, alors qu'il n'y a plus rien d'assuré pour personne?

Comment se sent-on lorsque tout à coup, alors qu'on se voyait ministre, on réalise qu'on se retrouvera député de l'Opposition, perdu dans les rideaux jaune or de l'assemblée nationale? Quand on a été président d'entreprise, ou journaliste à Radio-Canada, ou directeur des services professionnels dans un hôpital, ou à la tête d'un lobby puissant? Parce que les vedettes, on s'en doute, sont presque toujours élues, puisqu'on leur donne des comtés sûrs.

On peut accepter une baisse de salaire en politique, parce que soyons honnêtes, nos politiciens sont très mal payés, en autant que le prestige vienne compenser. Le prestige ou la limousine ministérielle, s'entend. La seule vedette qui doit bien feeler, aujourd'hui, c'est Gilles Taillon, de l'ADQ. Futur ministre des Finances/président du conseil du Trésor/Ministre du développement économique. Ah! et à temps partiel, ministre de la Santé/ministre de la Sécurité publique, pour collecter le "lunch money" des prisonniers.

Trêve d'ironie, je connais quelques députés pour qui le réveil a été brutal. D'énormes pertes de salaires, mais surtout de considération parce que les politiciens sont mal aimés, pas d'équipe autour d'eux pour les aider dans leurs tâches. Des gens qui n'étaient pas venus en politique pour servir leurs concitoyens, du moins pas à titre de député seulement. Et pour qui la vie dans les capitales nationales (la québécoise et la canadienne) n'est pas nécessairement toujours intéressante.

Après le sondage de ce matin, j'aimerais être un petit oiseau dans la tête de Pierre Arcand, ou du Dr Bolduc, ou de Bernard Drainville ou de Christine St-Pierre. Ce soir, ils doivent regretter un peu leur vie d'avant. Évidemment, ils vont tous répéter en choeur que le plus beau métier du monde, c'est député. Ouais ouais, and your check is in the mail!


PS. Selon le prestigieux Globe&Mail, y'a de l'espoir pour Bernard Drainville. Selon un sondage qui sera publié demain, le G&M prévoit, si la tendance se maintient, un gouvernement péquiste minoritaire. L'excuse rêvée pour aller déclencher une élection fédérale! Youppi!

Citation du jour: "Nous allons revoir les missions de l'État, les programmes, de façon responsable, sans détruire ce qui est notre État québécois, dont on a besoin.» — Le candidat vedette de l'ADQ, Gilles Taillon, qui s'est engagé à abolir certains «organismes consultatifs», à effectuer une «revue de programmes» et à «profiter des mises à la retraite des fonctionnaires». (tiré de Cyberpresse). Hum... si ma mémoire est bonne, c'était pas ce que promettait les libéraux en 2003? Et les mises à la retraite, dont a abondamment usé le PQ pour arriver au déficit zéro, notamment dans le domaine de la Santé, c'est pas en partie ce qui fait que la situation actuelle est telle qu'elle est? Bravo, Gilles! Un discours neuf, frais, novateur!

jeudi 15 mars 2007

Jour 11

Ce qui semblait improbable il y a encore quelques semaines pourrait bien être une réalité le 27 mars au matin: un gouvernement minoritaire adéquiste. Et le dernier Léger Marketing décrète que selon une majorité de "sondés", c'est maintenant Mario Dumont qui semble être le meilleur premier ministre potentiel.

Que s'est-il donc passé au PLQ? Que se passe-t-il au PLQ? Ce parti a, et de loin, toujours eu la meilleure machine électorale. De l'argent, des bénévoles, des militants influents. Une équipe rodée. Presque jamais de sable dans l'engrenage. Et là, en 2 jours, c'est erreur de jugement par dessus désastre. Remettons les choses en perspective: de toutes les campagnes électorales auxquelles j'ai participé, et ce à tous les niveaux de gouvernement, des "incidents" comme celui d'aujourd'hui, ou le chef se fait apostropher, c'est monnaie courante. Sauf que lorsque le parti a le vent dans les voiles, ce n'est généralement pas ce que tous les médias montrent ou décrivent. Non, on reste calme: je ne dis pas que les déboires de Charest sont dûs aux méchants journalistes! Je souligne seulement qu'il y a un espèce de phénomène naturel qui fait que quand les tuiles commencent à tomber, on appréhende la catastrophe. On annonce l'ouragan avant qu'il n'atteigne les cotes. Les mauvaises nouvelles sont toujours plus "payantes" que les bonnes.

L'erreur première, à mon avis, c'est d'avoir sous-estimé la grogne réelle sur le terrain. C'est de n'avoir rien de neuf à proposer, juste la continuité. Or, pour plusieurs personnes, la réalité n'est pas rose rose. Du pareil au même, dans les circonstances, c'est pas emballant. Pour les autres, le projet de souveraineté, ce n'est pas non plus emballant, parce qu'il n'est plus associé à un projet de société. Alors le vote des désabusés va se "parquer" à l'ADQ.

Le PQ, quant à lui, ne semble pas remonter suffisamment vite pour inverser la tendance. Mais méfions-nous. En 2003, dans plusieurs comtés ou les résultats ont été serrés, c'est entre le péquiste et le libéral que ça s'est joué. Or, manifestement, c'est dans le vote libéral que l'ADQ va piger. Peut-être pas assez pour gagner ces comtés, mais suffisamment pour faire passer le PQ. On pourrait tout aussi bien se retrouver avec un gouvernement minoritaire péquiste, ce qui deviendrait vite la hantise de Stephen Harper. Le ROC (rest of Canada) ne lui pardonnerait pas ses "largesses" envers le Québec depuis son élection, et particulièrement sa reconnaissance de la nation, pour revenir à la psychose référendaire.

Et stratégiquement, je m'explique mal le soudain besoin de Dumont a se "coller" sur le PM canadien, même si le fait de suivre la même stratégie de campagne (une annonce par jour, des livrables faciles à comprendre - même si la situation économique du Québec est loin d'être celle du Canada ) lui réussi tout à fait. Mais il y a des gens qui commencent à comprendre que le virage à droite, même s'il comporte certains avantages, vient aussi avec des inconvénients, et que sur le strict plan des valeurs, les "réformistes" sont loin de ce que nous sommes. Ou du moins, ce que nous prétendons être.

On fait quoi, dans les circonstances? Le war room du PLQ doit se donner des coups de pied. Les "déviations" des derniers jours sur le plan de campagne pépère doivent donner des sueurs aux gens qui s'occupent de la tournée du chef. Et dans ce cas, le début de panique est mauvais conseiller. Il faut s'en tenir à 3 ou 4 messages, et les marteler sans cesse. On a fait amende honorable pour la santé et les impôts. Maintenant, il faut jouer sur les valeurs.

Le war room du PQ doit aussi se réveiller un brin. Il faut absolument ramener au bercail les souverainistes égarés chez les verts ou chez QS. Ces quelques milliers de voix peuvent, cette fois-ci, vraiment faire une différence dans le nombre de comtés. Le PQ a toujours été solide sur la publicité, sur les thèmes rassembleurs. C'est un peu le vide de ce côté. On a réhabilité le chef, peut-on réhabiliter le programme? Parlons de souveraineté, il sera toujours temps, après avoir pris le pouvoir, de ressortir les "conditions gagnantes"...

Le war room de l'ADQ doit se méfier du triomphalisme. Je n'arrive pas à déterminer si d'annoncer à 11 jours du vote qu'on a mis sur pied une équipe de transition au cas ou est une bonne ou une mauvaise stratégie. Cela avait servi Harper, indiquant ainsi qu'il était prêt. Mais le dernier qui a prétendu "être prêt" ne l'était pas vraiment. Et il doit s'en expliquer aujourd'hui, et deux fois plutôt qu'une.

Ce weekend, les plans de la dernière semaine de campagne seront négociés, supputés, discutés, revus et corrigés. Elle sera fascinante, cette dernière semaine. Quant à moi, je vous dévoilerai enfin quel est le vrai nerf de la guerre pendant une campagne: et non, ce n'est ni l'argent, ni les votes ethniques!

Citation du jour: "On parle beaucoup de curatif, pendant cette campagne, mais bien peu de prévention. Le système de santé coûte cher, mais n'oublions pas que nous sommes la société ou il se prescrit le plus de pillules par habitant" Scott McKay, chef du parti vert, lors d'un débat à RDI ce soir. (la citation n'est pas texto, mais résume le propos). Sérieusement, la citation la plus intelligente sur la santé que j'ai entendu de toute la campagne. McKay a raison: si on posait les bonnes questions, on aurait les bonnes réponses. Waiter, un valium avec ma bière!